Textes / Presse

 

Quotidien de l’art 20 Janvier 2016

quotidien de lart p1

 

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Berry Républicain 17 janvier 2016

berry republicain 17 janvier 2016

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Maxime Thoreau

Le patronyme de Maxime Thoreau pourrait promettre une oeuvre empreinte de naturalité et prônant le retour à une vie de plein air, autonome et frugale, sourde aux machines et au progrès. Il n’en est rien : le jeune artiste, né en 1990 et diplômé de l’Ecole nationale supérieure d’arts de Bourges, ne suit pas les traces de son lointain aïeul Henry David, bien au contraire.

Au travers de ses œuvres, Maxime Thoreau met à nouveau en rapport l’objet artisanal et l’objet industriel, que Marcel Duchamp formulait en 1912 lors d’une visite au Salon de la locomotion aérienne à ses camarades Brancusi et Léger en ces termes : « C’est fini la peinture. Qui ferait mieux que cette hélice ? Dis, tu peux faire ça ? ». Enjambant le siècle, cette question résonne dans les œuvres de Maxime Thoreau, qui s’attelle à imiter des objets techniques, tels une chenille ou un isolateur de lignes électriques, à partir d’autres matériaux et « à la main ». Les œuvres fondées sur la reproduction manuelle d’objets industriels sont innombrables dans l’histoire de l’art – au point de représenter presque un genre en soi – et soulèvent, toutes, la question de la facture de l’objet industriel, à la recherche du « traitement tactile du mécanique », et souvent pour réhabiliter la touche humaine comme valeur suprême. Mais plus rares sont celles qui reproduisent des objets techniques.

En outre, chez Maxime Thoreau, plutôt qu’une compétition entre l’homme et la machine, l’enjeu se situe dans l’isolement de la forme. L’artiste retient des machines leurs silhouettes, leurs lignes et leurs contours – comme avant lui les Becher dans leurs photographies –, muet sur les fonctionnements intrinsèques des objets. A peine esquisse-t-il dans la mise en espace de Stator (2015), qu’il enceint de tuyaux de cuivre, une référence à la conductivité du matériau d’origine. Dans Le tunnelier d’Inti (2015), ce n’est pas le tunnel à venir ou la formidable puissance de la machine qui fascinent l’artiste, mais son potentiel sculptural et l’analogie entre la tête foreuse et un disque sculpté à la gloire du dieu solaire inca, Inti.
Maxime Thoreau dialogue avec l’essence technique des objets : il extraie l’acte constitutif et synthétique inspiré à l’ingénieur, il célèbre l’étincelle géniale – ou le hasard – à l’oeuvre lorsque la solution épouse les contours du problème. « Form follows function », la célèbre formule de Louis Sullivan, a eu nécessité d’être rappelée dans l’architecture, mais jamais dans l’industrie qui ne connaît pas d’autre credo ni loi. Ici, la fonction d’origine des objets entre en ligne de compte pour sa seule performativité sur la forme ou le matériau, à l’instar de A la corde (2013), une sculpture déduite de la matrice des jarres en céramique produites « à la corde » et réalisée en contreplaqué bakélisé, le type de bois justement couramment utilisé comme coffrage.

Les œuvres de ce corpus procèdent de glissements de matériaux et s’approchent dès lors du prototype industriel, en particulier celui de basse fidélité en carton, papier ou styrofoam, qui ne s’applique qu’à dessiner les contours des objets pour en appréhender le volume et les lignes. Maxime Thoreau n’emploie ni la forge ni la fonte, mais plutôt des matériaux à sa disposition – bois, ciment, plâtre – et des techniques accessibles – coupe, soudure et moulage. Papa (2014) est ainsi un bouquet de poutrelles en béton et de raccords en bois, en lieu et place de l’acier, et Château(x) de sable (2013) l’assemblage d’un moule et de sa dépouille symétrique, exemple éloquent de forme et contre-forme.

L’artiste offre un autre régime d’existence aux objets techniques, soustraits au temps et à l’action. Les sculptures sont des formes passives, qui ont troqué leur énergie d’objet technique pour une énergie esthétique. Ces sculptures sont à leurs objets-sources ce que les statues sont aux hommes : une reproduction qui célèbre leur physicalité et leur beauté.

Texte de Laetitia Chauvin, catalogue de l’exposition Première – Fabrique Pola, Bordeaux, France

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Art Press n°423 Juin 2015, compte rendu d’exposition, texte de Julie Crenn

Houilles
Maxime Thoreau
La Graineterie / 28 mars – 9 mai 2015
Maxime Thoreau (né en 1990 et lauréat de la 10ème Biennale de la Jeune Création) affectionne les objets du quotidien. Son exposition se déploie dans trois espaces distincts. Dans la galerie, sur un mur bleu apparaît un ensemble de neuf cyanotypes. L’artiste a retravaillé, au moyen d’un procédé photographique ancien les photographies numériques prises par Philae, l’atterrisseur de l’Agence spatiale européenne en novembre 2014. Il produit un décalage entre les modes de réalisation des images. De même, A la corde, est une oeuvre formée de neuf photographies et d’un volume modulable inspiré d’une technique ancienne destinée à la fabrication de jarres dites « a la corde ». L’oeuvre induit l’idée d’un mouvement, ce dernier est rendu effectif par l’exposition des neufs photographies ou l’objet est présenté de différentes manières. Plus loin, sur un écran l’artiste pousse des plaques de béton assemblées entres elles au moyen d’une tige métallique. Tel Sisyphe, il fait tournoyer une oeuvre qui pèse près de 400 kilos jusqu’à l’épuisement. Dans la verrière, la réplique en bois d’un tunnelier semble s’extraire du mur. L’outil monumental servant au percement des tunnels surgit dans l’espace pour le redessiner. Il faut le contourner pour découvrir une chenille de tractopelle réalisée à partir de plaques de bois découpé. Dans le grenier ce sont des éléments de moteur qui sont retravaillés. L’acier laisse place au plâtre, au béton, au bois et au cuivre. Les objets habituellement produits mécaniquement et à la chaîne sont refabriqués de manière artisanale. En procédant à des déplacements matériels et techniques, l’artiste évacue la fonction initiale des objets pour mettre en lumière leurs formes et leurs dessins.

Maxime Thoreau (born in 1990 and winner of the prize awarded by the 10th Biennale de la Jeune Création) likes ordinary objects. His exhibition is taking place in three distinct spaces. In the gallery, a group of nine cyanotypes hangs on a blue wall. Using this old fashion photographic technique he remade digital photos taken by European Space Agency lander Philae in November 2014. The result is a starling disjunct between the modes of image-making. Similary, A la corde, comprising nine photos, is an adjustable module inspired by an ancient technique for making ceramics jars called coiling. This piece seems to move because of the interaction between the nine photos that each present object somewhat differently. In another piece, Thoreau pushes a set of concrete disks connected by an iron rod running through their center holes. Like Sisyphus, he spins this almost 400-kilo piece around and around until he is exhausted. A monumental wooden replica of a tunnel-boring machine in the solarium seems to be popping out of a wall, reconfiguring the surrounding space. Visitors have to skirt around it before they find a catterpillar made from cut-out sheets of wood. In the attic are similarly transformed engine parts. Instead of steel, they are made of plaster, concrete, wood and copper, and instead of being manufactured in a factory, they are hand made. Thoreau uses the transfiguration produced by using different materials and fabrication processes to drain the objects of their original function and foreground their visuality.
Translation, L-S Torgoff